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Nouvelles n° 102: Le coin du Secours Populaire Wallonie-Bruxelles

LE COIN DU SECOURS POPULAIRE  WALLONIE- BRUXELLES

 

 

 

Pouvoirs locaux et nouvelles solidarités

 

Secours Populaire Wallonie-Bruxelles est une jeune association qui développe des activités, tant sur le plan local que sur le plan international.

Sur le plan local, je citerai plus particulièrement l’organisation de la Journée des Oubliés des Vacances, qui permet à des enfants issus de milieux défavorisés de vivre un temps fort, et cela en partenariat avec des associations locales, des CPAS, des plaines de jeux ou d’autres groupements .

Plusieurs communes  y participent : Fontaine - l’Evêque, Fleurus, Courcelles, Viroinval, Pont-à-Celles, Manage, Lobbes, Marcinelle, Evere ….

Cette année, la JOV se déroulera dans la région du Centre : Strépy-Braquegnies, Thieu, Claire-Fontaine …

Sur le plan international, nous avons quelques projets de collaboration, dont l’un vient d’être finalisé avec la commune de Viroinval, portant sur un échange entre jeunes du camp palestinien de Jabalia et de Plate forme jeunesse, via internet.

Nous avons accueilli des représentantes palestiniennes, originaires de différents pays comme le Liban, la Syrie et la Bande de Gaza. Nous profitons également de l’expérience accumulée par le Secours Populaire Français qui est la deuxième organisation de Solidarité dans ce pays. Elle regroupe quelque 990.000 membres, ce qui nous permet de faire partie d’un vaste réseau d’organisations de solidarité regroupant quelque 55 partenaires à travers le monde, avec une présence importante sur tout le pourtour méditerranéen et dans de très nombreux pays francophones.

Voilà quelques informations susceptibles de vous expliquer pourquoi nous tenions à développer le propos « Du local à l’international ».

 

Communes internationales

 

Une question se pose tout d’abord. Les pouvoirs communaux sont-ils intéressés par la problématique internationale ? Au premier abord, on vous répondra que cela n’est pas de la compétence d’un conseil communal.

Pourtant, au lendemain de la guerre 40-45, nombreuses furent les communes wallonnes et bruxelloises à initier des projets de jumelage de commune à commune. Au sortir de ce conflit, il fallait créer un monde nouveau d’où seraient éradiquées les théories racistes qui avaient été la cause du conflit et du génocide. Il fallait opérer un rapprochement entre les peuples.

Les pouvoirs communaux participèrent avec élan à la construction d’une Europe pacifique et fraternelle, en créant des jumelages, tout d’abord entre anciens alliés, Français, Anglais, Américains. Puis, par la suite, les années passant, avec les anciens ennemis, l’Allemagne mais aussi l’Italie, cela étant facilité par une immigration italienne importante dans les régions industrielles, et aussi, avec des communes provenant de l’autre partie du monde, qui était dénommée « la région contrôlée par l’URSS ».

 

Les jumelages. Et après ?

 

Aujourd’hui, certains jumelages subsistent et sont encore extraordinairement vivants quand, de part et d’autre, des comités locaux sont liés par d’importants liens d’amitié et parfois aussi des liens familiaux. Il s’agit tout au plus de jumelages amicaux, importants certes, mais qui n’ont plus d’objectifs politiques dans le bon sens du terme.

Jusqu’à présent, les communes, dont les moyens budgétaires vont en se rétrécissant, ont peu investi dans les relations bilatérales Nord-Sud. Une exception toutefois, le soutien apporté aux pays du Sud lors de l’organisation annuelle de l’opération 11-11-11. Soutien des communes par l’implication personnelle de certains mandataires communaux, par l’autorisation donnée aux organisations de procéder à des collectes, par la mise à disposition de locaux, par l’éventuelle sensibilisation du personnel communal, ou par le fait de permettre la parution d’articles dans les bulletins communaux.

Mais rien ou pratiquement rien n’a été organisé par le niveau communal pour embrayer sur cette importante action de sensibilité et de recherche de fonds pour les projets proposés par les organisations non gouvernementales, et soutenus par les autorités fédérales et plus particulièrement par le ministère de la Coopération au développement.

Le cadre national existe toujours, mais la Belgique a changé. Elle s’est fédéralisée. En effet, la fédéralisation de notre pays a permis de doter les Régions de moyens adaptés aux compétences. C’est d’ailleurs derrière cela qu’une passe d’armes  se joue entre les partisans d’une coopération centralisée ou décentralisée. Derrière l’émergence de la Région, se situe le fait communal.

Permettez-moi de citer Jean-Louis Close, ancien bourgmestre de Namur : « La régionalisation est un formidable mouvement de décentralisation, mais il serait dommage qu’elle ne donne pas le maximum de sa dynamique potentielle en s’arrêtant précisément à la Région. Il faut que le mouvement se poursuive, se diffuse et tende ses ramifications automatiquement vers d’autres niveaux de pouvoir. »

On ne peut que partager cette préoccupation qu’il ne faut en rien confondre avec une quelconque balkanisation ou le triomphe de l’idée de clocher. Les progrès de la citoyenneté se fondent sur la consolidation simultanée de l’intervention directe des hommes et des femmes dans la gestion de leur commune et de leur capacité, en ce qui concerne notre sujet, à développer des pratiques de solidarité internationale et d’édification de mécanisme de coopération.

 

La Région wallonne et, de façon plus large dans un cadre de collaboration, la Communauté Wallonie-Bruxelles ont décidé, dans le cadre du partage des compétences, de prolonger certaines de celles-ci au niveau de la scène internationale. Aujourd’hui, 22 pays ont été choisis dont un important nombre de pays du Sud.

 

Opérateurs locaux

 

Notre association partage cette approche politique, d’autant plus que la Région wallonne souhaite développer sa présence dans les pays de la francophonie. Pour réaliser ces objectifs, le gouvernement wallon a ouvert une ligne budgétaire propre. Les fonds cumulés visent à provoquer une politique d’ouverture et de solidarité vers le sud en valorisant des partenariats internationaux, tout en s’appuyant sur des opérateurs locaux. Ces fonds mis à disposition doivent permettre la réalisation d’actions concrètes, ayant pour but l’émergence d’un développement durable sur le plan économique, social, environnemental, culturel et autre. L’objectif est l’ amélioration du bien être des populations du nord comme de celles du sud.

 

Notre but, est donc de  mobiliser les Wallons et les Bruxellois dans une démarche active impliquant nos propres populations. Dans le sens de cette démarche, cette implication doit s’appuyer sur une collaboration entre associations locales et institutions privées et publiques du nord et du sud. En l’occurrence, en ce qui nous concerne plus particulièrement, les conseils communaux poursuivant des objectifs similaires afin de favoriser la connaissance mutuelle, l’échange de valeurs positives et d’expériences.

 

A cet égard, les pouvoirs locaux sont certainement les plus aptes à générer des solidarités nouvelles. Les initiatives que ces pouvoirs développent doivent l’être en toute autonomie et cela sans entraves, surtout administratives. Trop souvent, on exige des partenaires locaux des comptes- rendus tout à fait rébarbatifs et décourageants. Il faut simplifier quelque peu les démarches administratives si l’on veut que les pouvoirs locaux et par conséquent les associations puissent opérer valablement.

Dans une commune de notre région, beaucoup se gaussaient de déclarations internationales reprises dans les interventions publiques de certains responsables politiques du cru. Toutefois, un fait nouveau est apparu dans cette commune lors de l’installation de la présente majorité : la désignation d’un échevin ayant les matières internationales dans ses compétences. Le responsable actuel gère toutefois encore des activités de jumelage, que nous avons qualifiées tout à l’heure de relations internationales amicales. Il serait souhaitable maintenant d’entamer une autre étape, et que le conseil communal de la commune élabore une réflexion allant dans la direction que nous venons de développer, et fasse effectuer un inventaire des associations, des comités, des groupes informels de citoyens sensibilisés par la problématique Nord-Sud. L’échevin désigné deviendrait ainsi le coordinateur, le rassembleur de nombreuses énergies. Ce simple fait permettrait l’interpellation des citoyens et pourrait, éventuellement, renforcer le tissu wallon qui est, lui, particulièrement pauvre en matière de coopération au développement, contrairement à l’autre partie du pays.

 

Collaboration des immigrants

 

Il est aussi de primordial d’interpeller nos citoyens d’origine étrangère, car eux seuls possèdent une source importante de connaissance permettant de favoriser la compréhension mutuelle. La collaboration avec ces immigrants permettrait plus aisément leur participation, mais aussi leur implication dans la vie locale, la confrontation des cultures, de leur culture à la nôtre et vice-versa, , de lutter contre les idées préconçues et les stéréotypes véhiculés par les forces non démocratiques. Tout naturellement cette démarche devrait aboutir sur la création d’un conseil consultatif Nord-Sud, chargé d’élaborer et gérer un projet ou des projets solidaires en fonction des demandes exprimées par le Sud. Ce point est très important car, si l’on veut atteindre des objectifs, il faut absolument travailler en ce sens. De même, les écoles ont un rôle fondamental à jouer en matière d’éducation et de sensibilisation de toute la population locale aux problèmes du Sud.

 

L’articulation d’un projet se développe ou peut se développer de la façon suivante :

 

1° : la définition des besoins.

2° : la recherche d’un partenaire répondant expressément à cette demande exprimée par les populations du Sud.

3° : la rédaction du projet, son dépôt auprès du Commissariat général aux relations internationales ou de la Division des relations internationales. Ensuite, la réalisation concrète en plusieurs parties : une phase de faisabilité dans une rencontre des partenaires, une phase de réalisation concrète, et une phase d’échange et de consolidation.

La consolidation est sans doute la phase la plus importante pour la partie du Nord, c’est-à-dire pour nos populations, car elle vise à leur faire vivre la concrétisation des différentes étapes, et permet d’envisager la viabilité du partenariat dans le long terme.

 

Beaucoup maintenant vont nous interroger sur le financement du projet. En 2002, quinze projets ont été retenus par le Gouvernement wallon pour un financement (125.000 € par projet et par promoteur). C’est une première approche. La commune n’intervient donc pas financièrement dans la dépense globale. Ce qui permet au moins de rassurer les populations locales quant aux fonds qui sont exigés par l’impôt.

Il peut y avoir un apport d’argent, obtenu par les partenaires locaux, qui peut compléter la subvention générale. Les communes, en proie à d’énormes difficultés financières et accaparées par les nombreuses tâches leur incombant, n’ont pas les moyens ni financier, ni matériel ou parfois humain pour mener à bien l’élaboration, la concrétisation et le suivi de ces projets. Elles peuvent faire appel à des consultants, accompagnateurs privés, pour les aider dans cette tâche et c’est là où nous nous plaçons en tant qu’organisation. Mon organisation peut agir dans ce cas.

 

Internet en Palestine

 

A titre d’exemple, c’est à notre initiative que la commune de Viroinval a obtenu en 2002 le financement du projet de mise en réseau de deux cyberespaces, dont un pour les jeunes du camp de Jabalia. Suite à l’enfermement du peuple palestinien, des jeunes se retrouvent complètement isolés du monde. Ils n’ont accès au monde que par la télévision. Nous avons pensé que pour les sortir de leur isolement, il fallait créer les contacts que permet maintenant la technique moderne, c’est-à-dire, Internet.

Ce projet a d’ailleurs été mis en évidence dans une publication de la Région wallonne. Je vais vous décrire, à titre d’exemple, comment nous avons procédé pour la réalisation concrète du projet cyberespace – Jabalia.

A la suite du voyage d’un membre du Secours populaire Wallonie-Bruxelles en Palestine, et plus particulièrement dans le camp de Jabalia, des contacts ont été noués et il est revenu avec une demande officielle de la direction du camp d’établir des contacts avec une commune wallonne. Les camps palestiniens sont gérés par des autorités qui ne sont pas des autorités communales, qui sont d’autres autorités élues dans le cadre de l’aide qu’apportent les Nations Unies à la gestion de la problématique des réfugiés depuis 1948, c’est-à-dire depuis presque 60 ans.

 

Deuxième phase, il fallait trouver un partenaire. Viroinval est une petite commune du Sud Namurois. Il n’est pas évident  d’interpeller une commune, en apparence peu sensibilisée à une telle problématique, à ce genre de projet . Il fallait donc que les autorités communales en place s’investissent dans la  conscientisation et la sensibilisation de la population, pour que ce projet puisse être accepté.

Le Secours populaire rédige le projet. Il est soumis à la Région wallonne qui, pour la première fois, subventionne un projet qui ne correspond pas au cadre défini par la Communauté française, par l’Union des villes et communes de Belgique.

Malgré les difficultés , (la veille du départ des autorités communales avec des membres du Secours populaire pour Jabalia, il y avait eu un attentat et les contrôles empêchaient les déplacements), grâce à l’aide de la Région wallonne et à son représentant commercial sur place, les contacts entre les différents partenaires ont pu être établis. Les cyberespaces ont été installés d’un côté comme de l’autre, et ont été inaugurés le 31 octobre dernier, si j’ai bonne mémoire, devant quelque 200 personnes. C’est une réussite évidente de l’effet de sensibilisation, qui s’est traduit par des conférences de presse, des conférences-débats, par des spectacles théâtraux et musicaux.

On n’en reste pas là : la commune vient d’avoir l’agréation de la Région wallonne pour une continuation de ce projet. Des perspectives de développement des relations existent et sont en discussion.

Le réseau de solidarité auquel notre association appartient peut permettre à d’autres communes de profiter de cette première expérience. Notre volonté serait de tisser réellement une toile informatique Internet au travers de différentes communes wallonnes et bruxelloises et de communes que nous pouvons contacter dans le cadre de ce vaste réseau.

 

Robert TANGRE

Président

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