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 Les histoires de Roger.

 

LES HISTOIRES DE ROGER.

 

Anecdotes sur le parti communiste, racontées par des anciens de la section de Marcinelle  (suite et fin)

 

Il y eut cette année le camp annuel de deux trois jours de la jeunesse populaire à Fontaine Valmont. Le programme était toujours le même : causeries politiques et culturelles, sport, visite des curiosités du village et danses folkloriques.

La fille d’un oncle d’Alfreda nous accompagna et nous partîmes en vélo.

Le bourgmestre de Fontaine avait mis une maison inoccupée à notre disposition pour passer la nuit. Quant aux filles, elles avaient préféré dormir sous un chapiteau de l’armée, situé une cinquantaine de mètres plus loin. Il faisait très chaud, quand, vers deux heures du matin, Georgette Wéry, la responsable de la section JPB de Gosselies, vint me trouver en disant qu’elle ne pouvait plus coucher sous la tente, car la fille de Marcinelle dormait toute nue au dessus de la couverture, et elle sentait mauvais . Comme j’étais Marcinellois, elle me tenait pour responsable. Je fis semblant de dormir pour ne pas avoir à lui répondre. Elle s’adressa alors à Maurice Magis, qui le renvoya se coucher. Le lendemain, au salut du drapeau, elle reçut un blâme pour son attitude. C'est vrai que l’autre fille faisait rarement ses ablutions, elle ne devait pas user plus d’une savonnette par an, mais ce n’était pas une raison pour la tenir à l’écart. Je suis resté un peu en froid avec Georgette, car cette fille était marcinelloise et ça nous choquait tous un peu. Comme quoi, même chez les jeunes communistes et progressistes, l’esprit de clocher laisse toujours des traces.

A notre retour, nous avons parlé de cela délicatement avec Alfredo.

 

A cette époque, beaucoup de délégations et groupes folkloriques étrangers venaient chez nous. Ils logeaient chez l’habitant. Nos camarades de Marcinelle se les disputaient avec ceux des autres communes. Nos parents

accueillirent des Allemands, des Polonais, des Tchèques et des Russes qui faisaient partie d’un groupe de danse. Ils se produisaient le plus souvent à la Maison du Peuple de Dampierre.

A Marcinelle, nous avons également reçu et guidé une journaliste d’Essen, qui était rédactrice au Journal du KPD, « Unsere Zeit ». Elle et ses compagnons étaient venus enquêter sur les conditions de travail des mineurs. L’un d’eux, Aloïs, logeait chez Gustave Lebrun ; il ne connaissait pas le français, pas plus que Gustave ne connaissait l’allemand. Seul Marcel Baugniet parvenait à se faire comprendre. On jugea donc nécessaire d’apprendre l’allemand. C’était d’ailleurs la langue qu’utilisaient les Polonais, les Tchèques et les Russes.

Un jour, une journaliste hongroise rendit visite aux ouvriers des Ases. Josiane de Marchienne l’avait introduite clandestinement dans un des réfectoires de l’usine. Elle interviewa les travailleurs sur leur mode de vie en Belgique. C’était dangereux, car elle était recherchée par la police pour s’être introduite en Belgique sans visa. Ma mère l’a cachée pendant deux jours à la maison.

L’allemand nous servait beaucoup aussi lorsque nous allions en vacances en RDA et dans les autres pays de l’Est.

 

Bouffioulx :

Plusieurs camarades de Marcinelle participaient aussi à des activités politiques, sportives et culturelles à Bouffioulx, comme cela se pratiquait dans chaque localité où un mouvement de gauche se créait.

A Bouffioulx, tous les vieux militants communistes, dont certains avaient fait de la résistance, se rassemblaient chez Alex Coppet . Leurs enfants et petits-enfants, pétris de cette

idéologie, apprirent bien vite l'art d'intervenir dans des réunions, de distribuer des tracts, de vendre des journaux, de coller des affiches et de chauler. Parmi eux, il y avait Jeannine Simon. Elle n'avait que 19 ans, mais était la plus engagée, et devint dès lors la responsable politique du parti communiste de la section de Bouffioulx. Elle organisait les activités et participait aux congrès qui se tenaient à Charleroi ou à Bruxelles. Très évoluée pour son âge, elle ne voyait pas l'utilité de passer par un mouvement de jeunesse. Il n'y avait donc pas de Jeunesse Populaire à Bouffioulx comme à Marcinelle, Couillet, Goutroux ou Dampremy. Dans ses activités, elle était surtout secondée par son grand-père Alex ou par la famille Gramme.

En 1958, lors de la fête annuelle du Drapeau Rouge à Alost,  le section de Bouffioulx avait organisé un car pour s'y rendre. C'est donc de Bouffioulx cette fois que je suis parti avec cette bande de joyeux drilles , dont la vieille Julia, une femme un peu excentrique, qui racontait des histoires drôles dans son wallon savoureux .

Comme toutes les fêtes, celle d'Alost fut des plus réussies. Il était plus de minuit lorsque nous repartîmes vers Charleroi. Je ne vis Julia que cette fois-là, car elle mourut peu de temps après. Ce n'est que plus tard que le grand-père de Jeannine me raconta son histoire : depuis sa plus tendre jeunesse, elle n'avait qu'une passion, elle adorait son mari, et c'était réciproque. Les années passèrent. Son homme contracta une maladie grave, et au cours d'une longue et triste nuit, il mourut. Personne ne fut mis au courant. Comme on ne le voyait plus et qu'on s'en étonnait, Julia, l'épouse éplorée, raconta que son mari avait fait une fugue, peut-être avec une autre femme … Plusieurs années plus tard, sentant sa fin proche, la veuve inconsolable se confia à ses vieux copains, dont Alex : ne voulant pas vivre trop loin de l'être cher, elle avait enterré son mari dans le bois des Marlagnes, le plus près possible de chez elle. Telle est l'étrange histoire que les anciens racontaient à Bouffioulx! Est-elle vraie ? … Peut-être qu'un jour quelqu'un découvrira-t-il, sous les broussailles, les ossements d'un homme qui fut beaucoup aimé …

 

            En juillet 1960,  les femmes progressistes organisèrent une fête à Bruxelles. Un car en partance de Châtelet fit le ramassage des copains et copines de Couillet, Marcinelle, Gilly et Dampremy. De Gilly, il y avait notamment Jeanne, celle qui quatre mois plus tard allait devenir mon épouse. Je ne l’avais jamais rencontrée auparavant, et tout le monde était étonné de ce mariage rapide. Ce ne sont pas toujours les longues fiançailles qui durent; depuis lors j'habite toujours à Gilly. Jeannine, qui m'avait invité à cette fête, se maria un an plus tard, et habite maintenant à Lodelinsart.

Jeanne était militante. Elle vendait le Drapeau Rouge au Bois de Lobbes et au Quartier des Corvées, s'occupait d'activités diverses pour les jeunes enfants, était monitrice des pionniers, mouvement équivalent aux scouts actuels. Mais avec la naissance de nos enfants, elle eut moins le temps, et je repris la tournée des journaux et celle du militant Christian Lacaille de Soleilmont, qui s'était installé à Wangenies. J'avais aussi quelques activités aux quartiers du Plat.… et au Marabout. Je n'étais jamais venu à Gilly avant mon mariage, mais je finis par connaître cette localité mieux que Jeanne.

Parmi les pionniers, il y avait ses petites- cousines, dont Chantal, qui dansait dans un groupe folklorique polonais. Nos enfants grandissaient, et ce fut alors à leur tour de s'occuper du mouvement de jeunes. Ils organisaient des activités sous la conduite d'une camarade espagnole de Marcinelle, tenaient des réunions à Dampremy ou au cercle de Garcia Lorca à la chaussée de Fleurus à Gilly, participaient à des week-ends à Modave, près de Huy. A Modave, ma fille devint monitrice et elle suivit aussi plusieurs formations d'éducatrice en Pologne. A 16 ans, elle conduisait des groupes d'enfants là-bas, ainsi qu'en Tchécoslovaquie, en Union Soviétique et en Hongrie. Elle s'occupait aussi de l'accueil des groupes folkloriques polonais, hongrois et roumains à Gilly et à Dampremy. Peut-être écrira-t-elle un jour ses mémoires, elle en l'étoffe, car elle est logopède. S'occuper d'enfants a toujours été sa passion.

 

Quant à moi, je retourne encore souvent à Marcinelle, Couillet et Bouffioulx, mais c'est pour des faire des recherches historiques et archéologiques, et pour revoir les anciens amis, bien sûr.

L'histoire du parti et de la jeunesse communiste de Gilly, je ne l'écrirai pas. Ce serait marcher sur les plates- bandes de Bénédicte Rigot de la rue des Trieux, qui l'a racontée dans son mémoire de fin d’études. Tout ce que je peux dire, c'est que le père, le grand-père, la tante, les cousins et cousines de ma femme y ont tenu une grande place.

 

Depuis, le temps a passé, le Mur de Berlin est tombé, et beaucoup de changements sont survenus dans le monde.

           

Est-ce un bien ?

Est-ce un mal ?

C'est comme si on demandait : la religion est-elle bonne ou mauvaise ?

On ne peut trancher ces sujets dans un mémoire, car il faut tenir compte de l'opinion politique, philosophique et religieuse de chacun. Il existe pour cela des journaux engagés.

L'avenir du communisme … une nouvelle génération a pris la relève, sous des formulations différentes.

 

ROGER NICOLAS

Copyright Cercle Louis Tayenne.

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